Anatomie d’un éventail
Tête Partie renflée du bas de la monture, où est fixée la rivure.
Rivure Constituée d’un clou ou d’un rivet orné (une petite marguerite chez Duvelleroy), elle réunit à la base de l’éventail brins et panaches.
Monture Ensemble rigide composé des panaches, brins et bouts.
Brins Baguettes portant la feuille entre les deux panaches, constitutives de la monture, au même nombre que les plis de la feuille.
Panaches Plus épais, donc plus solides que les brins, ce sont les deux branches extérieures de la monture ; ils protègent l’éventail (particulièrement sa feuille) quand celui-ci est fermé.
Bout Partie supérieure du brin et qui le rallonge, destinée à supporter la feuille ; elle est cachée quand la feuille est doublée.
Feuille Partie supérieure de l’éventail, pouvant être réalisée dans une grande variété de matières, plissées – coton, soie, dentelle, papier – ou non – plumes, bois, cuir ; elle est supportée par les bouts et parfois doublée d’une contre-feuille.
Le design
La création d’un éventail commence par l’étape du dessin. On y définit sa forme, ses motifs s’il en comporte, son usage et son caractère : accessoire du quotidien, facile à porter, pièce d’exception ou objet précieux. Les sujets, matériaux et leurs ennoblissements sont choisis avec soin pour servir l’intention créative originale.
Selon les projets, Duvelleroy peut faire appel à des artistes indépendants, comme ce fut beaucoup le cas historiquement. Les archives de la Maison regorgent ainsi de dessins d’éventails signés Louise Abbéma, Paul Iribe, Henri Privat-Livemont, Georges Bastard, Gabrielle Darcy, Gicar.
Certains motifs, du fait de leur récurrence, sont aussi devenus emblématiques : les fleurs, les papillons et autres insectes, les oiseaux, les ocelles des plumes de paon, les chevrons, les muses Art Nouveau.
Les matières
Le tissu De nombreuses matières textiles font de parfaites feuilles d’éventail : coton, soie, lurex, organza, tulle, dentelle. D’abord apprêtées d’amidon – à chacune son dosage pour ne pas abîmer la matière –, elles sont ensuite séchées, repassées, découpées et plissées. De nombreux ennoblissements sont possibles sur tissu : broderie, peinture, pailletage, découpes…
Le bois Bouleau, poirier, hêtre, platane, chêne, bokapi, ébène… les montures en bois de nos éventails peuvent être fabriquées dans une grande variété d’essences issues du monde entier. Le bois, au naturel ou teinté, est découpé pour former les panaches et les brins, poncé puis gravé du logo Duvelleroy.
La galalithe Cette matière artificielle, alternative à l’écaille et à la corne animales pour façonner des montures, fait son apparition dès les années 1920. Elle est produite à partir de caséine de lait et de vinaigre et peut être teintée à l’envi.
La nacre Autre matière naturelle traditionnelle de l’éventail, la nacre est particulièrement présente dans les collections d’exception de Duvelleroy. Pour composer un brin dans ce matériau, plusieurs coquillages sont nécessaires : de fines lamelles de nacre sont prélevées sur chaque coquille et assemblées délicatement pour donner l’illusion d’un seul tenant. Aujourd’hui, la Maison travaille essentiellement avec de la nacre haliotide mouchetée, aux reflets bleus ou verts, qui provient du Mexique ; la nacre blanche vient des Philippines ou d’Australie.
Les plumes Duvelleroy est historiquement réputée pour son travail de la plume : autruche, paon, cygne, faisan, coq, pintade… La Maison se fournit auprès de plumassiers réputés, tels Lemarié, Maison Légeron, Maison Février ou encore Deyrolle.
Plusieurs des matériaux emblématiques des créations Duvelleroy historiques ne sont plus commercialisables aujourd’hui : ivoire, corne, écaille. La Maison leur a trouvé des remplaçants de choix et ne cesse par ailleurs d’innover dans sa recherche de nouvelle matière. Elle a dernièrement développé des montures en fibre de carbone et des palmettes en scoubidou par exemple.
Les formes
Ballon Forme « fantaisie » inspirée de la silhouette des montgolfières et autres ballons dirigeables. Le cercle du grand tour de la feuille (son extrémité haute) est déporté par rapport à celui du petit tour (extrémité basse), les deux ne sont pas concentriques.
Brisé Type d’éventail sans feuille, constitué de brins reliés entre eux par un ruban coupé.
Cabriolet Éventail dont la feuille présente une découpe entre le grand tour et le petit tour, parallèle ou non à ces derniers. Son nom fait référence aux roues des voitures à cheval du XVIIIème siècle.
Cocarde Éventail s’ouvrant à 360 degrés, dont la feuille s’épanouit de façon circulaire.
Chiffon Éventail dont la feuille est composée de plusieurs bouts de tissus, en trois dimensions.
Coquille Forme « fantaisie » reprenant celle de la valve d’une coquille Saint-Jacques.
Demi-lune Forme classique de l’éventail, où les cercles du grand tour et du petit tour de la feuille sont concentriques.
Écran Éventail rigide monté sur un manche.
Mouchoir Éventail de forme carrée.
Palmettes Éventail constitué de palmettes ou de lamelles collées sur les bouts et reliées entre elles par un fil ; ce type de montage est également utilisé pour les éventails en plumes.
Pop-up Éventail dont la feuille est ornée d’un décor qui s’épanouit en trois dimensions à l’ouverture.
Sultane Éventail « fantaisie » dont les bouts sont visibles sur la face de la feuille.
Les ateliers
Éventails d’exception Duvelleroy collabore depuis 2010 avec un éventailliste français et des artisans d’exception venus du monde entier pour donner vie à ses éventails-objets. Avec eux, elle fait revivre certains des savoir-faire qui faisaient la renommée de la Maison originelle : tabletterie, gravure, sculpture, marqueterie, plumasserie, broderie.
Éventails du quotidien Nos éventails prêt-à-porter sont fabriqués en petite séries dans un atelier familial partenaire, situé dans la région de Valence en Espagne, berceau de l’éventaillerie espagnole. Les feuilles de coton y sont apprêtées, plissées et montées à la main sur des montures en bois de diverses essences.
Les métiers
Les différentes étapes de fabrication d’un éventail en font une activité d’une précision mathématique, comme en attestent les dessins préparatoires qui président à sa conception, son patronage et son plissage. L’essentiel reste évidemment de parvenir à créer un objet fonctionnel, qui puisse s’ouvrir et se fermer à l’envi et sans gêne.
Éventaillerie La première édition de l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert (1751) définissait déjà le métier d'éventailliste : « Marchand qui fait et vend des éventails ». L’éventailliste est en charge d’assembler feuille et monture de façon esthétique et fonctionnelle. Il maîtrise le montage du « système » éventail, du plissage de la feuille à son encollage sur les brins de la monture, brins qu’il scellera ensemble grâce à la rivure.
Plissage En améliorant au XIXème siècle la technique du plissage à froid au sein d’un moule en carton, Jean-Pierre Duvelleroy a généralisé l’usage de tissus (tulles, dentelles, soies, etc) comme feuille d’éventail, là où le papier prédominait jusqu’alors.
Au premier abord, le moule à plisser paraît extrêmement simple : deux pièces de carton s’imbriquant l’une dans l’autre, entre lesquelles est positionnée la feuille préalablement apprêtée. En réalité, il doit être adapté à chaque éventail, à sa taille, au nombre de brins de la monture et au degré d’ouverture souhaité.
Plumasserie Forte d’un héritage en plumasserie extraordinaire, la Maison Duvelleroy travaille la plume de trois manières :
- La plume « duveteuse » : les éventails volumineux, le plus souvent en autruche, comme les « Pleureuses », dont l’effet est accentué par des « ajouts » de plumes barbe à barbe, comme des extensions de cheveux.
- Les plumes stylisées, asymétriques : très tôt des formes audacieuses apparaissent dans la production de la Maison, reprises dans les créations contemporaines. Ici, la forme et le graphisme naturels de la plume donnent tout naturellement la ligne de l’éventail.
- La marqueterie de plumes : sur une base de plumes d’autruche dites « couteaux », l’artisan sélectionne une à une des plumes de faisan, de paon ou d’une autre espèce d’oiseau et les positionne de manière à recréer un plumage de créature imaginaire.
Marqueterie Outre la marqueterie de plumes, spécialité historique de Duvelleroy, des marqueteries de paille, de nacre ou de bois viennent de temps en temps sublimer les créations de la Maison. Sous les doigts d’artisans aussi réputés que Lison de Caunes, les éventails se transforment en objets d’art.
Tabletterie En parallèle du travail sur la feuille se fait celui sur la monture, avec l’étape essentielle de la « tabletterie », c’est-à-dire la découpe des panaches et des brins. Ces derniers sont parfois des œuvres à part entière, sculptés et gravés, rehaussés de feuilles d’or ou d’argent, voire de pierres précieuses, comme en attestent des exemplaires historiques.
Ennoblissement Les gestes d’ennoblissement interviennent généralement en fin de processus de fabrication, pour sublimer la monture et/ou la feuille de l’éventail : broderie, peinture, pailletage, marquage en or à chaud… Ces gestes sont effectués par des artisans spécialisés avec lesquels Duvelleroy a construit au fur et à mesure des années une relation solide : Maison Lesage, Atelier Montex, Anne Gelbard, Frédérique Lamagnère etc. Grâce à la technique de plissage à froid, la Maison originelle présentait déjà des éventails aux feuilles extrêmement travaillées.
Le lexique
Bélière Anneau ouvert et maintenu à la rivure, servant à passer un ruban ou une dragonne.
Bleu Copie chimique d’un patron de dentelle réalisé d’après l’original sur du papier ou un tissu photosensible.
Dragonne Cordelière qui permet de suspendre l’éventail au poignet, parfois terminée par un gland.
Éventail « armure » Éventail entièrement pailleté.
Gland Passementerie décorative fixée à une cordelière pouvant servir à porter l’éventail fermé.
Grand tour Limite haute de la feuille d’éventail.
Peau Cuir très fin composant certaines feuilles et provenant d’animaux divers.
Petit tour Limite basse de la feuille d’éventail.
Piqué Technique d’insertion à chaud de petites pointes d’argent ou d’or dans le matériau de la monture, traditionnellement l’ivoire ou l’écaille.
Squelette Type de monture à brins étroits, très espacés et peu nombreux.
















































